L’Europe contre Google

Les députés européens se prononcent jeudi sur une motion qui réclame entre autres la scission du géant du Web. Une manière de relancer les négociations entre Bruxelles et le groupe américain.

Google plie mais ne rompt pas encore. Jeudi, le Parlement européen doit se prononcer sur une motion pour défendre les droits des consommateurs en ligne. Elle suggère notamment de scinder Google en deux, en séparant son service de recherche de ses autres activités commerciales.

Un projet radical, mais qui a peu de chances de se réaliser. Même adoptée, la motion n’aurait rien de contraignant. Elle servira en revanche de moyen de pression sur la Commission européenne, engluée depuis 2010 dans une enquête sur d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles de Google.

 

«Nous avons trop attendu»

Le géant de l’Internet a une position nettement dominante en Europe. Il représente aujourd’hui plus de 90 % du marché de la recherche en France, en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni. L’institution reproche au groupe américain de profiter de cette situation pour favoriser ses produits dans les résultats de son moteur de recherche.

Par exemple, si un internaute cherche un barbecue sur Google, ce dernier lui proposera en priorité son propre comparateur de prix, Google Shopping. Ses concurrents se retrouvent alors relégués bien plus loin, souvent dans les pages suivantes. Depuis le lancement de la procédure, l’ancien commissaire à la Concurrence Joaquín Almunia a reçu trois propositions de Google pour régler le contentieux, mais n’en a accepté aucune. Critiqué pour sa complaisance envers le groupe américain, il a finalement quitté ses fonctions en novembre sans avoir résolu le problème.

«Nous avons déjà trop attendu», estime Ramon Tremosa, député espagnol libéral qui a coécrit la motion présentée jeudi avec le député allemand Andreas Schwab. Google n’y est pas explicitement cité mais est bien visé par la plupart des mesures, dont celle sur la scission de ses activités.

Par ce vote symbolique, les députés espèrent faire pression sur l’entreprise américaine comme sur la nouvelle Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager. Cette dernière est pour le moment restée discrète sur le sujet. Lors de son audition devant le Parlement européen, en octobre, elle avait pourtant promis qu’il n’était plus question«de continuer à enchaîner enquête après enquête». Traduction: l’heure n’est plus à la négociation. «La commissaire peut maintenant passer à la prochaine étape», affirme de son côté Ramon Tremosa. «Google aura alors le choix entre le changement ou l’amende. C’est la seule manière de faire bouger les choses.»

Si elle choisit de suivre cette ligne dure, Margrethe Vestager aura plus d’un allié. Ces dernières années, Google est attaqué de toute part en Europe. Le groupe américain a déjà provoqué la colère de journaux belges, italiens, allemands et français pour l’indexation de leurs articles dans ses résultats de recherche. «Je n’ai rien contre Google, se justifie pourtant Ramon Tremosa. Ils ont le droit de faire du profit, mais sans tuer leurs concurrents européens.»

Source : Le Figaro

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