Les entreprises françaises et l’intelligence artificielle

Tata Consultancy Services dévoile une première enquête terrain d’ampleur sur le rapport des entreprises françaises à l’intelligence artificielle (IA). Intitulée « Les entreprises françaises sur la voie de l’intelligence artificielle », l’étude conduite avec le cabinet IDC, dévoile plusieurs enseignements majeurs.

6 indicateurs à retenir de l’étude :

  • 52% des entreprises sont sensibles aujourd’hui aux enjeux d’intelligence artificielle. Parmi celles-ci, 36% utilisent déjà l’IA et 16% ont actuellement des projets de mise en place d’ici 1 à 3 ans.
  • Plus de la moitié des entreprises sensibilisées à l’IA y consacrent un budget annuel supérieur à 300 000 € ; 37% d’entre elles envisagent d’ailleurs de consacrer annuellement plus d’1 million d’euros, démontrant ainsi que les projets gagnent en maturité.
  • Les entreprises perçoivent plus l’IA comme un outil d’amélioration que de réelle transformation de leur activité. 64% des budgets sont en effet alloués à l’amélioration contre 36% à la transformation.
  • 48% des répondants du secteur banque/assurance déclarent avoir déjà adoptés ces technologies contre 34% pour le secteur des services et 35% de l’industrie.
  • Les 3 domaines d’activité les plus concernés aujourd’hui par l’IA sont l’Informatique (26%), la Relation Clients (22%) et la R&D (21%). Les technologies IA les plus fréquemment déployées en entreprises sont les algorithmes de Machine Learning destinés au prédictif et à l’analyse des données (46%), les robots logiciels qui automatisent des processus transactionnels (44%) et les outils d’analyse d’image (41%).
  • Deux tiers des entreprises pensent que l’IA aura un impact sur les emplois, mais sans nécessairement être destructeur : 44% estiment que cet impact sera plus de nature à transformer que de supprimer l’emploi contre 9% qui considèrent que l’IA va détruire des emplois qui ne seront pas remplacés.

L’enquête de terrain, administrée d’octobre à novembre 2017 auprès d’un panel de 300 entreprises françaises de plus de 250 salariés fait ressortir des tendances marquées sur l’appropriation de ce levier de croissance par les entreprises françaises. Voici ci-dessous un tour d’horizon des principaux enseignements :

1- 52% des entreprises françaises sont sensibles à l’IA, avec en moyenne un budget annuel croissant estimé à 576 000 €

La bonne maturité des entreprises françaises en matière d’intelligence artificielle est l’un des constats principaux de cette étude : 52% des entreprises françaises sont aujourd’hui sensibles aux enjeux liés à l’IA et conscientes de l’apport de l’IA dans le développement de leur structure.

Parmi celles-ci, 36% utilisent déjà l’IA, et 16% ont actuellement des projets de mise en place d’ici 1 à 3 ans. A contrario, 49% d’entre elles ont un niveau de maturité faible et ne sont encore qu’au stade de la réflexion ou de la compréhension sur ces sujets.

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Le budget moyen des entreprises développant des projets d’IA s’établi à 576 000 €. Dans le détail, ce budget est en moyenne de 157 000 € pour les entreprises de 200 à 1000 salariés mais s’élève à 825 000 € pour les organisations de plus de 1 000 salariés.

Ce budget continuera par ailleurs à croître de façon importante dans les années à venir puisque plus de 7 entreprises sur 10 prévoient de consacrer à l’IA des budgets en augmentation, 37% envisageant même d’investir plus d’1 million d’euros.

2- L’IA en entreprise : des divergences de perception entre équipes DSI et Métiers, mais une DSI toujours aux manettes

Les résultats de l’étude montrent une vraie différence de perception de l’IA entre les DSI et les Directions Métiers, reposant sur une compréhension différenciée du terme même d’intelligence artificielle. Ainsi l’IT a une vision plus technique et restrictive de l’IA, alors que les Directions Métiers en ont une vision plus opérationnelle et liée aux usages.

Les DSI associent en effet d’abord l’IA au Machine Learning (45%), aux systèmes décisionnels/Big Data (42%), ainsi qu’aux systèmes cognitifs (41%), tandis que pour les Directions Métiers, l’IA renvoie d’abord aux objets connectés et à l’IoT (49%), à la Robotique (44%), puis aux systèmes décisionnels / Big Data (41%).

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Sur le plan de la mise en œuvre concrète, là aussi les opinions divergent. Près de la moitié (48%) des Directions Métiers interrogées affirment que leurs entreprises utilisent déjà des solutions d’IA, soit deux fois plus que les DSI (23%).

Une différence qui peut avoir deux explications : une différence d’interprétation sur ce qu’est l’Intelligence Artificielle d’une part et une autonomie croissante des métiers sur les sujets technologiques d’autre part. La nécessité du « Time to Market » et le développement des nouveaux usages numériques, ont en effet conduit les Direction Métiers à investir ce champ d’action réservé jusqu’ici à la DSI.

En ce qui concerne la mise en œuvre de projets d’IA, les DSI se disent impliquées à 77% et décisionnaires à 58 %, tandis que côté Métiers, cette implica­tion de la direction Informatique n’est perçue qu’à 36% et son rôle de décisionnaire à seulement 22%. Une absence de visibilité du rôle de la DSI qui n’affecte cependant pas son rôle central, celle-ci conservant la pole position des départements de l’entreprise à l’origine des projets IA (51%) et au premier rang des décisionnaires dans la réalisation de ces derniers (35%).

3- Des objectifs très opérationnels dédiés à l’amélioration des services existants

Les résultats montrent qu’aujourd’hui, l’essentiel des budgets IA est d’abord dédié à l’amélioration de l’activité et la réduction des coûts, avant la transformation de l’entreprise par la création de nouveaux produits ou services.

Ainsi, le ratio des budgets Amélioration-Transformation est respectivement évalué à 64%-36%. Cette prévalence de l’amélioration sur la transformation ne varie pas selon la taille de l’entreprise et s’explique par l’aspect novateur de cette technologie.

Pour les personnes interrogées, l’intérêt de l’intelligence artificielle n’est pas tant de simuler l’intelligence et le comportement humain, mais d’assister l’humain en analysant très rapidement des masses de données (Big Data).

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Ainsi 67% des entreprises sondées voient en l’IA une possibilité d’améliorer la qualité des produits ou des services, 66% une façon d’améliorer la compétitivité, ou bien encore 64% un moyen d’automatiser des tâches précédemment effectuées manuellement. Des objectifs qui s’orientent principalement vers les produits/services, les process internes, ou bien la stratégie de développement.

Ces objectifs se reflètent dans les principales motivations qui conduisent les entreprises à investir dans des projets d’IA. Pour 71% des dirigeants interrogées, le premier facteur incitatif est l’optimisation des opérations et des process internes, devant l’amélioration de l’efficacité des collaborateurs (65%) et l’amélioration de l’engagement et de l’expérience client (56%).

4- Une utilisation de l’IA disparate selon les domaines d’activités en entreprise

Tous les secteurs d’activités ne sont pas égaux dans l’adoption de l’IA. Sur les 36% des entreprises utilisant déjà l’IA (cf. 1er paragraphe), 48% des répondants du secteur banque/assurance déclarent être au stade de l’utilisation contre 34% pour le secteur des services et 35% de l’industrie.

[Sur les 36 % des entreprises utilisant déjà des solutions IA, 48 % appartiennent au secteur de la Banque-Assurance, 35 % au secteur de l’Industrie et 34 % aux Services. Ces tendances concernent celles identifiées par la Global Trend Study de TCS : les quatre premières banques et institutions financières européennes interrogées investissent déjà chacune plus d’un milliard de dollars par an dans l’IA et 11 des organisations interrogées prévoient des investissements supérieurs à 500 millions de dollars par an d’ici 2020. Les applications sont multiples : cybersécurité et détection des fraudes, évaluation de risques et aide aux décisions d’investissement, automatisation des processus, assistants financiers virtuels à destination des clients.]

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Dans le détail, 26% des entreprises ont déjà déployé des solutions d’intelligence artificielle dans le domaine de l’Informatique, 22% dans le domaine de la Relation Clients, et 21% dans le domaine de la R&D.

Ces deux premiers domaines ainsi que le domaine du marketing seront à court terme les plus dynamiques en termes d’initiatives ; des projets étant à l’étude à 14% pour l’Informatique et 18% pour la Relation Clients et le marketing. Autre secteur moteur, la sécurité avec 17% des entreprises qui utilisent l’IA dans ce domaine.

Ces trois domaines sont également ceux pour lesquels les entreprises perçoivent le plus de bénéfices. Cependant on note un écart important entre entreprises à forte et faible maturité (environ 20%) excepté pour le domaine de l’Informatique pour lequel les bénéfices sont clairement perçus, que des projets soient déployés ou non.

Sans surprise, ce sont les domaines les moins utilisateurs d’IA pour lequel les bénéfices attendus sont moindres (RH 12%, Achats 8%).

A noter que pour retirer des bénéfices de l’utilisation de l’IA, les entreprises s’accordent à dire que l’IA doit s’accompagner de plusieurs aménagements. Trois facteurs ressortent de l’étude : la sécurisation des systèmes contre le piratage (78%), le développement de systèmes à même de prendre des décisions fiables et utiles (70%), et l’accompagnement interne auprès des managers et employés pour accroître la confiance en l’IA (70%).

En observant les technologies IA déployées, il apparait que les algorithmes de Machine Learning destinés au prédictif et à l’analyse des données (à 46%), les robots logiciels qui automatisent des processus transactionnels (à 44%), et les outils d’analyse d’image (à 41%) sont au premier rang des approches technologiques les plus déployées.

5-Impact sur l’emploi : les entreprises qui utilisent l’IA ne partagent pas les craintes répandues à son sujet

Selon l’étude, près de deux tiers des entreprises pensent que l’IA aura un impact sur les emplois, mais pas nécessairement destructeur : près de la moitié des entreprises (44%) estiment que cet impact sera plus de nature à transformer que de supprimer des emplois, 37% des entreprises pensent quant à elles que l’IA n’aura pas d’impact sur l’emploi et 10% assurent que l’IA va créer de nouveaux emplois. Seules 9% des entreprises considèrent que l’IA va détruire des emplois qui ne seront pas remplacés.

Ces conclusions vont d’ailleurs dans le sens des récents propos de Cédric Villani sur le lien « IA-emploi », qui estime que les effets sociaux de l’IA sont mal connus et que l’IA se mariera davantage avec les humains qu’elle ne les supplantera.

Les entreprises françaises ont donc une vision pragmatique loin des prévisions les plus alarmistes mais qui ne doit pas minimiser la nécessaire adaptation des organisations au changement de compétence et de qualification.

Confrontées au double défi de l’insuffisance de compétences technologiques et de la transformation des emplois découlant de l’auto­matisation et de la quatrième révolution industrielle, les entreprises et les pouvoirs publics doivent s’attacher à anticiper les changements afin de réduire le décalage entre compétences actuelles et futurs besoins.

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« « Dans l’industrie, l’IA augmente la place des opérateurs et met en œuvre une nouvelle forme de collaboration Homme – Machine » déclare Fréderic Lassara président de la start-up RCup. « Pour s’assurer que l’IA soit la plus performante en production, les algorithmes doivent absolument prendre en compte les données humaines, ce qui nécessite de connecter les opérateurs/trices». »

La question de l’emploi mise à part, les véritables freins identifiés par les entreprises interrogées sont le coût des solutions (49%), le manque d’expertise technologique en interne (31%), la complexité de la mise en œuvre des projets IA (28%) et les obstacles culturels et organisationnels (28%).

6- La maturité de la France dans le développement de l’IA

Interrogées sur le développement de l’IA en France comparé aux autres pays européens, 48% des entreprises pensent que la France est au même stade de développement, tandis que 39% des répondants estiment que le pays est en retard.

Seules 13% des entreprises ont le sentiment que la France est en avance. Cette perception sur le retard pris par la France est confirmée par une étude IDC qui révèle un taux de déploiement de solutions IA inférieur à celui de l’Angleterre et des pays Nordiques, pays qui apparaissent aujourd’hui comme les plus matures sur le sujet.

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Ce retard pourrait trouver sa source dans la réglementation française que 36% des entreprises estiment non adaptée au bon développement de l’IA.

Voire dans l’action concrète des pouvoirs publics en faveur de l’IA, qui malgré la mission de Cédric Villani et les initiatives d’organismes tels le CNRS ou la French Tech, sont encore trop peu visibles. 35% des entreprises estiment que ces initiatives sont trop faibles pour avoir un impact, 6% les jugeant même inexistantes, et 38 % n’ayant pas d’opinion.

Il existe donc un réel besoin d’accélérer le développement d’un écosystème favorable au développement de l’IA en France. Cependant si aucune entreprise ne peut aujourd’hui ignorer cette nouvelle déferlante technologique, il peut être difficile d’en cerner les contours et d’en déterminer les opportunités. Car en plus d’être technologiquement complexe, l’IA est, comme la plupart des produits qu’elle engendre, évolutive et ce à un rythme rapide.

 

 Source : Servicesmobiles

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